Des technologies françaises de pointe et un savoir-faire d’exception ont été au cœur d’ Idomeneo, re di Creta, nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence, présentée cet été au Théâtre de l’Archevêché.
Amadeus a conçu et installé au sein de ce lieu historique un système sonore sur mesure, destiné à modeler avec finesse les caractéristiques acoustiques de l’espace. Trente-cinq microphones, traités par HOLOPHONIX, et plus de cinquante haut-parleurs ont permis de créer un environnement sonore innovant, au service de l’orchestre, du chœur et des artistes sur scène, tout en préservant l’identité singulière du théâtre.
Raphaël Pichon, directeur musical et chef de l’Orchestre et du Chœur Pygmalion, a souhaité un dispositif associant acoustique active et spatialisation du son, afin d’offrir au public une expérience d’écoute optimale.
Le travail mené en collaboration avec les équipes d’Amadeus pourrait s’apparenter à une forme de restauration sonore,
explique Aurélie Granier, responsable du département audiovisuel et ingénieure du son.
Le Théâtre de l’Archevêché est l’un des lieux historiques les plus évocateurs de la vieille ville. La façade située à l’arrière de la scène est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec sa coque acoustique monumentale ouverte vers le ciel et ses hauts murs de pierre dominant le public, l’acoustique naturelle du site pose de réelles contraintes auxquelles les orchestres doivent se confronter.
Conscient de ces enjeux, Raphaël Pichona demandé à Amadeus de concevoir un dispositif immersif de soutien acoustique pour les spectateurs.
Nous avons développé une boîte à outils sur mesure afin d’obtenir une couverture sonore plus homogène et plus détaillée pour l’orchestre, les solistes et le chœur, tout en renforçant la réverbération naturelle du théâtre,
précise Aurélie Granier.
Le système ainsi mis en place associe le processeur de spatialisation HOLOPHONIX, développé par Amadeus en collaboration avec l’ IRCAM, à un dispositif électro-acoustique de plus de cinquante haut-parleurs, dont certains entièrement conçus sur mesure et habillés de pierre naturelle afin de rester presque invisibles sur scène.
Le temps de réverbération du théâtre est plus court que dans des salles dédiées à l’art lyrique et varie fortement selon les zones — des places arrière au balcon et au sous-balcon,
rappelle Clément Vallon, musicien et ingénieur du son ayant accompagné les équipes du Festival lors de la phase de création.
Notre approche a consisté à harmoniser l’orchestre, le chœur et les solistes en termes de timbre, de niveau et de champ réverbéré, afin de créer une image sonore cohérente et immersive dans l’ensemble du théâtre. Compte tenu de la complexité du dispositif, nous avons fait le choix de travailler exclusivement avec des réverbérateurs paramétriques, en écartant les solutions convolutionnelles ou régénératives,
explique Adrien Zanni, chercheur et développeur chez Amadeus pour le projet HOLOPHONIX.
Le dispositif électro-acoustique comprend cinquante-deux haut-parleurs, disposés face au public, autour de lui, l’enveloppant et parfois le surplombant, afin de recréer des réflexions acoustiques virtuelles de la manière la plus naturelle possible, tout en soutenant chanteurs et musiciens.
Clément Vallon détaille la mise en œuvre des microphones et leur intégration dans HOLOPHONIX :
Les microphones placés sur le cadre de scène étaient dédiés au système de réverbération ainsi qu’au renfort acoustique du sous-balcon. Une rampe de six microphones DPA 4011, intégrés de manière très discrète grâce à des câbles préamplifiés, a été complétée par des microphones hyper-cardioïdes disposés de part et d’autre du cadre de scène, des microphones suspendus au-dessus de la scène, ainsi que des microphones placés à distance. L’ensemble des signaux a été traité dans HOLOPHONIX comme des sources virtuelles, afin de préserver la localisation naturelle tout en générant, lorsque nécessaire, des réflexions latérales précoces. Pour l’orchestre, nous avons opté pour un mixage par zones, avec quatre pré-mixes envoyés au processeur HOLOPHONIX comme quatre sources virtuelles positionnées au niveau de la fosse.
Tous les haut-parleurs installés devant les murs de pierre du théâtre ont bénéficié d’un traitement spécifique à base de poudre de pierre naturelle. Amadeus a travaillé en étroite collaboration avec des spécialistes de la conservation du patrimoine afin de sélectionner les teintes et matériaux rendant ces éléments presque imperceptibles.
Appliquer des techniques audio contemporaines à des œuvres classiques constitue un défi délicat, cela implique de répondre aux enjeux actuels de perception, de sensation et d’imaginaire, tout en respectant les attentes fortes des artistes comme du public. À l’ère du numérique et de l’accélération technologique, le véritable défi consiste à savoir faire preuve de mesure et à utiliser avec discernement les outils dont notre époque nous dote,
conclut Aurélie Granier.






