Piano Rubato
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Piano Rubato : quand la scénographie devient un instrument

Résumé

Pour Piano Rubato, Amadeus développe un système électroacoustique sur mesure intégré à un piano-bateau en mouvement, entre musique, scénographie et ingénierie acoustique.

Artiste aérienne, chorégraphe et fondatrice de la compagnie Happés, Mélissa Von Vépy développe depuis plus de vingt ans un langage scénique où les structures, les agrès et les objets participent pleinement à l'écriture dramaturgique. Pour Piano Rubato, créé avec le pianiste et compositeur Stéphan Oliva, elle imagine une œuvre où un piano devient une sculpture mobile.

Au premier regard, le piano semble avoir abandonné sa forme familière. Il ne reste que son ossature, prolongée par une immense voile métallique dessinant la silhouette d'un navire. Cette structure s'anime sous l'effet du souffle de Mélissa Von Vépy, tandis que les improvisations de Stéphan Oliva accompagnent chacun de ses mouvements. Ensemble, ils composent une traversée où musique, mouvement et scénographie évoluent ensemble.

Pour cette création, Amadeus a développé un dispositif électroacoustique sur mesure permettant de restituer les qualités acoustiques du piano au sein de cette scénographie hors norme.

Un piano devenu sculpture vivante

Le titre de la pièce fait référence au terme musical italien rubato, qui désigne la liberté rythmique laissée à l'interprète. Cette notion irrigue toute la création. Les gestes de Mélissa Von Vépy, les improvisations de Stéphan Oliva et les mouvements de la structure suivent une même respiration, donnant au spectacle son rythme et sa fluidité.

Conçu avec le scénographe Neil Price, le piano-bateau constitue le cœur du spectacle. Son couvercle, prolongé jusqu'à près de cinq mètres de hauteur, est relié à un système de contrepoids activé par la respiration de Mélissa Von Vépy. À chaque inspiration et expiration, la structure oscille et accompagne les déplacements de l'artiste autour et au-dessus du piano.

Inspirée des mythes maritimes et des récits de traversée, la pièce transforme le piano en un navire qui devient le support d'un voyage poétique.

Comme l'explique Mélissa Von Vépy :

Le piano est ici devenu embarcation, vaisseau, navire. Extrapolation de son potentiel intrinsèque, la musique nous déplace, en-dedans. C'est pourquoi nous avons conçu l'écriture de cette performance comme un voyage en pleine mer, tantôt calme, tantôt houleuse, en surface ou dans les profondeurs.

Concevoir un système électroacoustique pour une sculpture en mouvement

La mobilité de la structure imposait une approche spécifique de la sonorisation. La question n'était pas simplement d'intégrer des haut-parleurs dans le piano, mais de recomposer une source étendue capable de restituer le comportement acoustique d'un piano de concert tout en accompagnant les mouvements de l'instrument sur scène.

Numa Galipot, ingénieur acousticien chez Amadeus et responsable du développement R&D du projet, en détaille la logique :

La table d'harmonie d'un piano de concert rayonne dans toutes les directions, sur près de deux mètres carrés de surface vibrante, et sa directivité change avec la fréquence : c'est une source étendue, pas un point. Aucun haut-parleur unique ne reproduit cela. Nous avons donc réparti trois sources dans l'ossature, ce qui pose aussitôt la question de leur recombinaison. Selon la fréquence et la position du spectateur dans la salle, elles s'additionnent, s'opposent ou filtrent mutuellement. L'essentiel du travail a donc porté sur leur mise en cohérence perceptive pour émuler le plus fidèlement un piano acoustique.

Amadeus a ainsi développé trois enceintes spécifiquement pour le spectacle, intégrées directement au piano-bateau et traitées individuellement afin de préserver l'équilibre acoustique quelles que soient les positions de la structure.

Deux enceintes large bande passives, baptisées RUBATO 12, réunissent chacune un transducteur coaxial dérivé de la référence Amadeus PMX 12 et deux radiateurs passifs de 10 pouces. Une troisième enceinte large bande, bi-amplifiée, baptisée RUBATO 15 et placée à l'arrière de la structure, associe un transducteur coaxial dérivé de la référence Amadeus PMX 15 à un radiateur passif de 15 pouces. L'ensemble est piloté par un amplificateur quatre canaux à DSP intégrés.

Chaque sortie du processeur est réglée individuellement en gain, retard, égalisation et filtrage selon la position de l'enceinte dans la structure. Les sources étant embarquées dans l'ossature, le son se déplace avec la sculpture et suit son mouvement. L'enjeu est de préserver le timbre, quelle que soit la position du piano-bateau sur le plateau.

Le dispositif a été pensé pour la salle comme pour le pianiste. Les deux RUBATO 12 rayonnent vers le haut, en configuration stéréophonique et chacune avec sa propre signature spectrale. Au clavier, en champ proche, Stéphan Oliva retrouve l'image stéréophonique d'un interprète placé devant une table d'harmonie, tandis que les trois sources se recombinent, pour le public, en une image unique.

Le choix des transducteurs répond à cette même contrainte. La technologie coaxiale permet aux centres acoustiques du grave et de l'aigu de rester confondus, offrant à chaque enceinte une directivité et un comportement de phase cohérents hors axe. La sommation entre les trois sources reste ainsi prévisible en champ lointain et peut être corrigée, y compris lorsque la structure se déplace et que les conditions de rayonnement vers le plateau évoluent.

Le format des enceintes découle de la même exigence d'intégration.

Il fallait descendre bas dans le grave avec des volumes très réduits, glissés dans l'ossature du piano. Les radiateurs passifs nous donnent cette extension sans évent, donc sans bruit d'air. Dans une pièce construite sur le souffle et le silence, une enceinte ne doit jamais s'entendre respirer.

Retrouver le timbre du piano

Restait à faire sonner cet ensemble de transducteurs comme un piano.

Les égalisations préliminaires ont été établies en laboratoire, puis affinées par un travail d'étalonnage perceptif mené en interne par des équipes dont plusieurs membres sont musiciens et pianistes, avant une finalisation sur site en présence des artistes, Stéphan Oliva au clavier.

Pour Numa Galipot, la mesure ne constituait toutefois qu’une partie du travail :

On peut aligner trois sources à la mesure, obtenir une courbe irréprochable, et n'avoir toujours pas un piano. Une table d'harmonie a une signature : la manière dont l'attaque se forme, dont l'énergie se développe puis s'éteint. Ce réglage-là s'est fait à l'oreille, au piano, avec des pianistes dans l'équipe.

Développé en collaboration avec Jean-Damien Ratel, responsable de la mise en son du spectacle, le dispositif s'intègre entièrement à la scénographie. La technologie accompagne ainsi les mouvements de la sculpture tout en préservant l'identité acoustique du piano, au service d'une œuvre où le son, le geste et l'espace participent d'une même écriture.

Piano Rubato
© Christophe Raynaud De Lage
Piano Rubato Andrea Fernandez
© Andrea Fernandez
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Crédits photos© Christophe Raynaud De Lage, © Andrea Fernandez